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EDITO de Lucien MAZENOD
L'utopie est tenace, notre bout de chemin, notre ballade a continué
de nous emmener à travers les huit départements de Rhône-Alpes
à la recherche de l'échange avec l'autre, des différences,
du mouvement, l'utopie ne s'installe pas. L'utopie est diversité,
plasticiens dialoguent avec architectes, jeunes compagnies rencontrent
théâtres connus, danseurs, designers, musiciens, metteur en
scène, défenseurs du patrimoine et du spectacle vivant, ne
se quittent plus, l'utopie fruit de rencontres. L'utopie n'aime pas la
solitude, une centaine d'intervenants parlent de musiques actuelles, d'itinéraire
littéraires, de nouvelles images, le singulier est compétence,
utopie parole résistant à l'uniformité, utopie confrontation,
interpénétration, l'utopie non un but mais une tension vivante,
utopie liberté.
Pour aller plus avant dans la rencontre et le débat, cent cinquante
portraits d'artistes nous font découvrir des professionnels parfois
insuffisamment connus, partageant sans préséance les colonnes
avec artistes et écrivains reconnus, l'utopie n'aime pas la majuscule,
la norme, l'utopie contre-pouvoir exclut l'exclusion, outil d'échange
au service de chacun, parole revendiquée, utopie citoyenne. L'utopie
dans tous ses états est parole, diversité de langages, utopia
opportune s'est enrichie à Quebec, Turin, aussi Londres, son avenir
est bien au-delà, aussi ici, utopie ouverture, chemins croisés,
frontières déterrées, abolition de toutes réserves,
utopie fraternité.
Utopia jeunesse parce que l'utopie prend dans l'enfance son désir,
sa racine, les contes sont des opéras et l'art est tout proche des
premiers affects, l'utopie n'est pas un luxe mais une manière de
se trouver et s'accomplir, utopie espoir.
Dans utopia, il y a toujours de la place, le virtuel pour l'étendue
du partage, non le pouvoir-cauchemar, une bonne place pour la littérature,
on dit "tout le reste est littérature", ce reste-là
nous intéresse, l'imaginaire, la poésie, absents de contrôle
sont dans le champ social. L'écriture pour aller au-delà
de la découverte, être à l'intérieur de l'invention,
la réalité d'utopie est l'invention.
L'utopie est un grain de sable, un pas de côté, une impertinence,
pas d'utopie majuscule mais à chacun sa petite utopie.
Pour nous, c'est la culture mais pas davantage la culture majuscule, répressive,
nouvelle religion, univérsalité du pouvoir, culture décor
publicitaire, culture d'excellence, à niveaux, de rationnement,
tolérant l'insupportable, majoritaire, dominante, mais bien plutôt
culture outil commun, de création, transgression, contre-culture,
insurrection de la vie, renaissance à la vie, nécessité
intérieure quotidienne, véhicule poétique commun tout
à fait réaliste, abordant d'innombrables rivages, pas de
continent Culture.
Voilà un programme utopien dithyrambique, insupportable d'optimisme.
C'est qu'il faut bien tout ça pour que les bibliothèques
ne prospèrent plus à l'ombre des camps.
Lucien MAZENOD

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